www.occitanie-cathare.eu

occitanie-cathare

Interrogations sur la présence cathare dans le Vicdessos

 

De nombreux historiens se sont penchés sur la présence cathare en Ariège mais, faute de documents probants, la plupart considèrent que l'hérésie n'a pas gagné certaines vallées ariégeoises.

Ainsi, selon eux, le catharisme ne s’est jamais propagé dans la vallée du Vicdessos en amont de Junac. Ce point de vue exclut donc de façon rédhibitoire que la région de Montréal de Sos, avec son château et ses grottes, ait pu servir de refuge aux Bons Hommes et à leurs croyants.

On s’appuie pour ce faire sur les documents que l’histoire a bien voulu nous laisser, cartulaires, chartes et surtout les registres d’inquisition. Effectivement, sur les 95 inculpations d’hérésie consignées dans le registre de Jacques Fournier, pas une seule ne concerne des habitants de la haute vallée du Vicdessos. (sauf, on va le voir, celle de Bernard Franque, de Goulier) (voir carte)

A-t-on pour autant le droit de conclure à l’inexistence de cathares dans cette région à partir de sources aussi fragmentaires ?



Il est clair que les registres de l'inquisition sont incomplets et ce, de deux façons :

On ne possède que le cinquième environ des dépositions des inculpés. Certaines dépositions faites auprès de Geoffroi d’Ablis plus de vingt ans auparavant ne figurent pas dans le registre de JACQUES FOURNIER. De plus, que représente une centaine de dépositions par rapport à l’épidémie d’hérésie qui a soufflé à nouveau sur le Sabarthez de 1250 à 1320. Les prisons de Carcassonne et des Alemans (près de Pamiers) étaient pleines à craquer et on a dû bien souvent laisser en liberté des suspects avec leur promesse de se tenir à la disposition de la justice et de ne pas quitter le pays.

Les dépositions sont elles mêmes incomplètes car certains propos qui n’étaient pas utiles à l’inquisiteur n'ont pas été transcrits. Or quoi de plus utile qu'un bon aveu d’"adoration" d’hérétiques ou une délation obtenue le plus souvent par la torture ou un séjour prolongé au cachot ? Pour éviter de consigner ce qui ne l’intéressait pas, le scribe avait une formule tout en euphémisme « Et il ne dit plus rien de pertinent » et ajoutait cyniquement « quoique diligemment interrogé ».



Les registres de l'inquisition sont géographiquement ciblés.

On désirait à l’évidence la tête  des proches des frères Authié, brûlés quelques années auparavant. Les inculpations relevées se sont cantonnées à la famille de ces derniers et par contagion, de proche en proche, elles ont conduit les inquisiteurs à s’intéresser aux alliés, aux voisins et à tous ceux qui pouvaient les côtoyer ! Ainsi la majorité des dépositions proviennent de personnages des environs d’Ax, berceau des frères Authié, et des environs de Tarascon sur Ariège où ces derniers avaient également de la famille.

Enfin, dans les registres figurent des noms de localités qui sont attestées comme faisant partie du Vicdessos mais qui n’ont pu être identifiées avec certitude. Il s’agit principalement des paroisses d’Onat et de Laburat.

On peut penser que le village de Laburat était le village actuel de Lapège (voir carte). C’était à l’époque une paroisse importante puisque Pierre Peyre de Quié fait la déposition suivante :

« Cette année-ci, (1315 ?) aux environs de la Noël…. Guillaume Dejean de Laburat me dit que Raymond Rouzaud de Laburat avait dit un jour ( ?), alors que la foule sortait de l’église de Laburat, devant plusieurs personnes qui l’entendirent, que l’âme n’était que du sang ». A ces propos hautement hérétiques pour l’inquisiteur on peut en conclure que l’hérésie était au moins montée jusqu’à Lapège ! Il est amusant de constater que Rouzaud est un nom de famille caractéristique et fort représentatif du village actuel de Lapège.

Quant au village d’Onat, il est quelquefois confondu avec Auzat. Pourtant en 1294, Auzat et Onat sont distincts et font partie de la châtellenie de Quié. Il est aussi confondu avec Ornat ou Hornac, village situé près d’Artiès (voir carte) qui a été détruit par une avalanche. Si tel est le cas, l’hérésie aurait bel et bien gagné le fond de la vallée d’Auzat puisque la déposition de Bernard Marty, frère du Parfait Arnaud Marty relate qu’une certaine Bonnefemme (c’est son curieux prénom !) femme d’Arnaud Chamier d’Onat tenait des propos qui auraient pu l’envoyer tout droit au cachot ! Ou encore la femme d’un certain Raymond Gurtard d’Onat a été vue en compagnie des Bons Hommes Guillaume Authié et Arnaud Marty !

D’autres personnes citées pour avoir tenu des propos hérétiques sont natives ou habitantes de Siguer, Lercoul, Illier (voir carte). (confession de Bernard Marty dans JACQUES FOURNIER pages 1131 à 1163)

Bernard Marty va ramasser du bois dans le bois de Teilhet qui est sur la commune de Sem (voir carte) sans que ça lui occasionne le moindre souci.

Ces quelques témoignages ont tendance à montrer qu’il restait encore des croyants cathares dans la vallée de Sos au temps des persécutions, a fortiori devait-il y en avoir quand le Sabarthez était relativement à l’abri de l’inquisition.

D’autres exemples encore :

La confession de Bernard Franque, clerc de Goulier (voir carte), qui, en 1312, discute avec le curé de son village sur l’interprétation de Ecritures.(JACQUES FOURNIER pages 381 à 395). Il a été condamné au Mur strict (cachot avec les fers aux pieds!) le 8 mars 1321 et libéré le 17 janvier 1329 mais avec obligation de porter les croix doubles. Jean Duvernoy note que la sentence a été plus sévère que pour un cathare ordinaire. C'est effectivement cher payé si il n'en était pas un! Ça l'est moins quand on lit l'énumération des chefs d'accusation qui se termine par cette rubrique : "Voici les erreurs qu'a avoué judiciairement avoir crues depuis 40 ans environ ou d'aussi loin qu'il se souvient, Bernard Franque de Goulier, de la paroisse de Vic-de-Sos, en présence de monseigneur l'évêque de Pamiers et de frère Gaillard de Pomiès."(JACQUES FOURNIER page 396)

Les accusations portées contre Pierre den Hugol ainsi que sa déposition (JACQUES FOURNIER pages 1200 à 1204) prouvent qu’il trempait fort dans l’hérésie alors qu’il était bayle de Tarascon mais aussi de Siguer !

Un certain Guillaume Plein, oncle du Parfait Arnaud Marty était de Sos.

Pierre den Hugol, déjà nommé, avait pour concubine une femme de Goulier et, semble-t-il, ne paraissait pas trop s’en cacher.

Arnaud de Suc se trouve emprisonné au château de Foix en 1305 mais on ignore pour quel délit. (registre de Geoffroi d’Ablis)

Enfin il est attesté que la veuve d’Arnaud de Sos, prénommée Alamande recevait les bons hommes dans sa maison de Tarascon ( sa déposition dans le registre de Geoffroi d’Ablis et déposition d’Adhémar de Bédeilhac dans celui de JACQUES FOURNIER pages 1079 et suivantes).



Quand on sait les précautions que prenaient les croyants cathares pour éviter de faire entrer dans leurs familles des personnes qui n’auraient pas « l’entendement du Bien », on peut être assuré que toutes les personnes nommées ont eu à un moment ou à un autre quelque affinité pour l’hérésie cathare. On peut également être sûr que JACQUES FOURNIER, homme du pays et dont l’esprit de méthode et de rigueur a été vanté par ses contemporains a dû poursuivre ses investigations en remontant la filière à partir des nouveaux noms arrachés aux suspects de la première heure.

Peut être qu’un jour ressurgiront des documents qui ne laisseront plus aucune place au doute ou à l’interprétation.

Quoi qu’il en soit, c’est une chance que le petit village de Junac ait vu grandir le Parfait Arnaud Marty qui a fait son noviciat avec les frères Authié. Sans quoi, le Registre de Jacques Fournier se serait limité aux dépositions des personnages d’Ax et de Tarascon et on aurait pu en conclure que le catharisme des derniers jours s'était confiné aux berges de l’Ariège.

Une chance aussi que cet ouvrage, de même que les autres registres de l’inquisition, ait été (re)traduit sans artifices par Jean Duvernoy (voir son site) et mis à la disposition de tous ceux qui veulent s’intéresser à cette page de notre histoire locale. Car beaucoup reste à faire dans ce domaine, faute de temps et de moyens, les historiens ont à peine survolé les rares documents à leur disposition. L'histoire du Comté de Foix est pour l'instant l'histoire des Comtes de Foix et mis à part deux ou trois chartes et quelques cartulaires, on ne connaît rien de la vie des sujets de ce pays sur une période de plus de trois cents ans. Nous essaierons donc avec nos modestes moyens de réparer cette injustice. Ce site doit y contribuer.




19/03/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 122 autres membres